lundi 8 mai 2017

Blogging like high-school never ends


C'est la première fois que je suis au chômage. Et encore, même pas vraiment, c'est juste que je viens de finir mon dernier stage post stage de fin d'études. Les petits privilèges de la génération Y. Et donc, pour la première fois, je n'ai aucune idée du prochain, voir des deux prochains trucs que je vais faire. Le billard à 3 bandes professionnel permanent. C'est mon truc d'habitude. La fille qui sait où elle va. Même si ça prend généralement des chemins de traverse un peu inattendus, parfois compliqués. Mais je retombe sur mes pieds, c'est moi, ça fonctionne comme ça, souvent grâce au culot, très très souvent grâce au culot. 

Et puis là non, les rouages se sont mal assemblés, le filet de sécurité à pété net, je me suis retrouvée par terre, sur le sol tout doux de mes privilèges. Ne nous mentons pas, ce n'est pas exactement ambiance Germinal. Tout va bien, matériellement tout va bien. C'est le reste qui pose plus de problèmes. La trajectoire fait un sérieux coude. Et peut-être que ça n'ira pas quelque part. Peut-être que ça ne va pas réellement commencer. Mes frères d'armes millenials connaissent bien ça : le sol n'est pas très stable sous le pied mais la vue est correctement dégagée. 

En attendant de trouver par où aller, par où se frayer un passage, je passe beaucoup de temps chez moi. Ça fait 10 ans que je vis à Paris et pourtant chez moi, ça reste la petite ville de province de mes parents. Ça doit faire ça jusqu'au moment où on fait des mômes je suppose. Bref, je suis tout le temps là, et sans trop se faire voir, une certaine forme de rythme revient. Très doux, très familier. En fait non, c'est une nouveauté, c'est un tempo tout neuf, mais qui s'installe comme un vieux souvenir. 

En fait non, c'est un mélange de vieux réflexes d'ado et d'apaisement d'une fille qui commence un peu à connaître son sujet. Il y a une ligne de connaissances que la moi de 16 ans maîtrise parfaitement, qui est revenue d'un coup. Savoir que c'est la meilleure semaine de l'année parce que la magnolia de la maison est en fleurs, trouver d'instinct la meilleure place dans la salle pourrie du cinéma où on va tout le temps, esquiver les contrôleurs du tram sans même les surveiller. Un tas de réflexes qui reviennent sans faire attention, qui repartiront probablement sans faire exprès. 

Le reste est plus surprenant. Je suis enroulée dans un vieux duffle-coat de mon frère, avec une capuche, c'est un peu chiant les capuches, tu ne peux pas tourner la tête. Les cheveux attachés très haut et pas de noir sur les yeux, du coup je ressemble à un petit garçon. Et puis des heures passées sur un gros arbre dans le jardin, à califourchon sur une branche, la tête enfouie dans la capuche, à écouter des chansons folks tristes, et puis des trucs contemporains abruptes. C'est sûrement une forme de pose, on ne va pas se mentir ici. Ça serait un peu con. 

Bref, je ne sais pas clairement où je vais, et je crois que pour la première fois, exactement, précisément la première fois, je m'en fous un peu. Pas de stratégie en 3 rebonds. Pas aujourd'hui. Pour l'instant je fais des tas de trucs à temps-partiel, comme un raclure macroniste nouvelle-économie-tertiaire-überisée. On verra quand je trouverais un nouveau dayjob. Et puis il paraît que "life is about side-projects" (macroniste je vous disais). Ça tombe bien, pour l'instant j'en ai plein. Par contre, si on pouvait faire quelque chose pour le RSI....

mercredi 2 novembre 2016

Blogging from second star to the right and straight on 'til morning



Je n'ai pas activé le freinage d'urgence. Pas pris le petit marteau rouge, celui avec la pointe bizarre, et puis brisé la vitre de sécurité et tiré sur le levier. Ce n'est pas moi, ce n'est pas ma faute. C'est à cause de ce week-end de 4 jours. Le temps d'arrêt a été brutal et prolongé, mais sans la douceur des vacances ou le délais préalable pour planifier une fugue récréative. 

Et puis des tonnes de trucs à faire. Bosser un peu, écrire beaucoup, de longs moments seule chez moi à marteler le sol en chuchotant, en tonnant, en marquant des rythmes bizarres, souvent en tapant un stylo contre la surface la plus proche. J'ai même retrouvé mon métronome, a côté d'une boite de colophane ronde, rouge, très entamée. Et puis raconter des trucs aux murs, quelque part entre des piles de livres, de la musique incohérente et des morceaux de films.

Mais il y a une image tenace dans tout ça. Une impression de distance qui n'est perçue que maintenant, dans ce moment de respiration, de pause. Comme si le rythme courant, soutenu, saccadé, en flux tendu, entrainait un détachement tenace, une perception du flot d'événements tout pile un peu trop loin. C'est l'image de Peter Pan et son ombre qui se fait la malle au grès de ses caprices, qui refuse de rester collée à ses pieds. Tout est un peu froid et un peu flou. Alors, pour conjurer, je frotte mes pieds l'un contre l'autre en me répétant doucement "je suis réelle". 

dimanche 9 octobre 2016

Blogging from post Keynesianism


La posture, c’est moitié osseux, moitié dans la tête. A peu près. Quand tu viens de la génération pour laquelle le problème le plus identifié sont les scolioses, ça prend plus d’épaisseur. Les gens juste un peu plus vieux, à la télé, on leur parlait du sida, ceux d’après, des pédophiles sur Caramail. Mes congénères et moi, ce sont les problèmes de colonnes vertébrale, de cartables surchargés, du tiens-toi droit. Les lombaires, la nuque et les omoplates comme point central des préoccupations, c’est peut-être pour ça que j’ai la tête un peu rentrée dans les épaules.  Du coup, tu vois tout légèrement en contre-plongée.

À un moment, les gens ont inventé les livres et puis la pellicule ou la pénicilline et c’était cool. Et puis à d’autres moments, ils ont inventé la calculette et puis le cryptage de data, et c’était encore pas mal. Et puis à encore d’autres moments, il a paru pertinent de créer l’action de préférence à droit de vote aménagé et puis les crédits captifs indexés, et là c’était déjà plus curieux. Ça encore, ce sont les trucs dont j’identifie le fonctionnement et l’usage (type oublier qu’on va mourir ou bien ouvrager un luxe de détails dans le fonctionnement des économies de marché, c’est presque pareil), le reste m’échappe déjà plus.

Oui, que c’est naïf et puéril comme appréhension! Et sinon on peut juste se dire que c’est la persistance du vieux monde et décider de faire sans. Et puis la rédactrice de ces lignes n’est pas exactement post grand capital. C’est juste l’expression d’une perplexité, peut-être un truc de posture encore, cette fois-ci celle de la moitié dans la tête. C’est une pose de combat, ou de dépit, c’est selon, ça dépend de l’histoire que tu racontes.

Et moi, je m’identifie toujours à la petite fille aux monstres, qui leur parle dans sa chambre, Mercredi Addams et Lydia dans Beetlejuice, et ça commence à faire un peu tard pour ça. C’est juste que j’ai passé quasiment toute ma vie à l’école, ça laisse plein de place, ça en crée pas mal aussi. A côté, je sais rédiger des contrats et trouver le greffe de la douzième. L’appréciation de ces éléments dépendra de l’échelle de valeurs de l’interlocuteur.

Parce qu’en fait, j’ai besoin que tu parles pour moi, ça c’est pas mon rôle.  Moi j’écris de quelque part sous ma capuche, c’est à toi de faire les phrases à voix haute, de dire ce qu’il faut avec des tournures élégantes et de l’aplomb. C’est là qu’aboutit ma réflexion étendue sur la place à occuper, sur la posture à tenir, moitié osseux, moitié dans la tête.



mardi 5 juillet 2016

Blogging like school's over



Ce soir en rentrant, je suis restée bloquée. Sur le Pont Neuf. Presque arrivée rive droite. Presque du bon côté. Presque en sécurité, chez moi. Je me suis juste arrêtée, en plein jour à 22h, et j’ai regardé le Palais, très longtemps. C’est très curieux, cet énorme objet au milieu du courant, et qui ne s’éloigne pas. Qui ne bouge pas. Qui reste là à vous regarder. Je crois que j’avais juste besoin de pleurer un bon coup mais rien n’est sorti. C’est ce qui est pénible avec les chagrins d’adulte.

Ça avait le goût des adieux, je sais j’en fait des tonnes. En même temps, une avocate qui ne mettra jamais sa robe, il reste quoi ? Alors je suis juste restée là, avec un mélange de tristesse infinie, de mépris et de colère dans la gorge. Devant ce foutu tas de pierres qu’il faut quitter et qui pourtant reste bien là. Littéralement au milieu de ta ville. 

C’est moi qui prends le large en fait. So long saloperie, c’est soit moi qui n’ai pas eu le courage, soit toi qui n’avait pas les épaules. Sauf qu’au moment de dénouer les amarres, on s’agrippe au cordage encore un peu, j’ai les mains en sang, le crâne qui bourdonne et des points blancs devant les yeux.

A quel moment est ce qu’on renonce trop tôt ? Jusqu’à quel moment faut-il garder la porte ouverte ? Pourquoi cette crainte dans tous les muscles alors que ça fait des mois que je m’étiole littéralement ? Que je me sens éteinte, diminuée et qu’on me répète inlassablement qu’il va falloir me policer, prendre moins de place, parler moins fort, plus petit, encore plus petit. Tout ça alors que tu te sens terriblement à ta place ailleurs. 

C’est juste que tu t’es battue si fort que tout arrêter maintenant semble absurde. Et qu’en même temps, pourquoi insister et s’intégrer dans un milieu qui te dit avec autant d’acharnement qu’il ne veut pas de toi. Alors qu’ailleurs te répète que désormais, ici, tu seras chez toi.

C’est le problème des jonctions. C’est le seul moyen de faire des révolutions et dans le même temps, l’espace le plus exposé. C’est l’endroit où glisser un bout de métal pointu et faire un maximum de dégât. C’est le passage pour déchirer, disloquer, rompre, scinder, affliger. Le petit point creux vulnérable qu’on est contraint de laisser apparaître, de laisser dehors, au moins un moment, le seul moyen que ça en vaille la peine. Le reste c’est tiède. Le reste c’est de la contemplation. Le reste c’est déjà mort.

lundi 30 novembre 2015

Blogging from after world's end


Aujourd’hui, Paris était une ville fantôme. Plus que d’habitude, plus que pour un dimanche de novembre pas terrible. Je suis allée de Pigalle à Grands Boulevards, de Grands Boulevards à Opéra et d’Opéra à Palais royal : ville fantôme ! Peu de gens, peu de voitures, quelques bus, quelques touristes. C’était bien, il pleuvait, j’ai enfoui la tête dans ma capuche, un vieux hoodie gris et j’ai marché assez longtemps. Comme j’étais seule, j’avais l’impression que tout ça été à moi, un peu.

En rentrant, je suis passée devant une salle d’arcade pas très bien, trop bruyante. Et là, personne, presque personne. J’ai descendu les grands escaliers et me suis mise à chercher un jeu qui pourrait me plaire. Ça faisait longtemps que je n’étais pas venue, habituellement je rentre quand je passe devant, ces temps-ci je n’avais plus envie. Mais là, après un très long moment sur un tapis de course, un peu vidée et pas mal pleine d’endorphines, ça semblait être une bonne idée.

Je me suis dit qu’après ce que j’avais vu de la place de la République cet après-midi sur les écrans de la salle de sport, sorte de vrai-faux montage d’images de stock de fin du monde, comme au début des films d’apocalypse, j’avais besoin d’entrainement. Ça m’a fait sourire. Mes recherches se sont orientées sur deux critères : 1 – zombies, 2 – arme beaucoup trop grosse pour mon gabarit. J’ai pris des jetons, perdu assez vite et suis rentrée chez moi.

Mais je pensais toujours à ces images, à cet après-midi, c’était curieux de courir en allant nul part pendant que des mecs pensaient changer le monde en balançant des bougies sur les CRS. La mise en scène, l’imagerie, les costumes, les postures, et moi pas certaine de comprendre qui défend quoi et avec qui je suis censée être d’accord. Je me suis demandée ce qu’était la figure du héros et où il pouvait se trouver en ce dimanche dégueulasse de novembre, où des gens récupèrent les objets laissés en hommages à des victimes d’attentats pour canarder les CRS, qui eux-même balancent de la lacrymo comme la mousson sur des militants écologistes. Je simplifie trop certes. N’empêche, que reste-t-il des héros ?

Dans une partie de l’imaginaire collectif, le héros ne trouve plus grâce à nos yeux que quand il est mal en point, hanté, seul, détruit, noyé par la perte des siens, le poids de ses responsabilités et globalement sinistré comme New York à la fin d’un film de Roland Emmerich. Les Batman de Millers, Jessica Jones, Watchmen, Daredevil, Chronicle, Comment Je Suis Devenu Super-Héros (prometteur, tellement prometteur)… Quand les plus jeunes veulent voir Superman sauver Metropolis, leurs ainés (moi la première j’en conviens) n’aspirent qu’à contempler la déchéance d’un Bruce Wayne au bout du bout du rouleau. Comme si la noblesse de la figure héroïque n’était qu’un odieux cliché relou.

Pourtant, si le justicier triomphant sert à insuffler de supers valeurs positives aux enfants, faut-il en déduire que le héros gisant sert à rassurer les adultes sur leur état mental, à titre de comparaison ? Y compris en ce moment ? Je crois que j’ai bien envie et besoin que quelqu’un puisse m’assurer que tout ira bien, même en fiction. Parce que justement c’est la fiction, et encore plus les genres appartenant à la fantasy, qui nous construisent et nous rassurent. Et mes cernes n’ont jamais été aussi marquées. Du coup, que reste-t-il de la figure du héros ?

mercredi 4 novembre 2015

Blogging quiet, very quiet


Il y a quelques jours, j’ai pris un café avec une personne que j’aime bien. On se connaît peu, c’était pour parler un peu taff, un peu perso et un peu du reste. J’étais nerveuse, c’était pas un rencard mais j’avais envie qu’il me trouve cool. Parce que je le trouve cool. C’est moins stressant un rencard en fait, parce que je sais faire, le flirt en moins je suis plus hésitante, donc j’avais le cœur qui battait un peu fort et mon plus bel air détaché.

Et en fait, sans que je m’en rende compte, j’ai pris une leçon de vie, en plein visage, sans prévenir. PAN. Et j’ai senti tout mon chagrin, toute ma colère me quitter à mesure qu’il parlait. Ça et pas mal de peur aussi. Parce que ce qu’il disait était simple, des tas de choses que j’avais besoin d’entendre mais que je savais. Sauf que là, ça venait d’une personne qui n’avait pas d’enjeux dans les questions et qui surtout semble ne rien attendre de moi.

Je crois que, d’habitude, on prend des leçons de vie sur des échecs moches, des déceptions, des défaites. Sur un truc qui n’a pas marché et qui ferme une porte. Et que c’est la perte de cette ligne d’horizon là qui fait prendre la mesure de ce qui vient de se passer et de passer. Là non, là j’étais dans un café, dans un coin où je ne vais jamais, avec une personne que je connais à peine, il faisait chaud et j’avais un latte. Pas de guerre, pas de péril, pas de piège.

Du coup, les mots passaient doucement, c’était fluide. Je lui ai parlé de mes doutes pros, de mon projet que j’ai encore du mal à prendre vraiment au sérieux et de ma trouille de trop parler. Parce que je parle trop. Parce que je trouve que je ne suis pas pertinente à être là, pas assez compétente, pas assez expérimentée. Et c’était bien, parce qu’il ne m’a pas enduite de validation (ces formulations qu’on comprend mieux qu’on ne les explique), mais m’a plutôt dit que c’était pas mal de se poser ces questions, de se mettre un peu plus en retrait et de faire son truc, que le reste se corrigerait de lui-même.  

Puis forcément, la confiance s’étend un peu, on a parlé de trucs qui me travaillent de façon sourde, quelque part à l’arrière du crâne. J’ai peur d’avoir perdu quelqu’un de proche. Parce que la vie, des contretemps et des mécompréhensions. Il a été un peu trop froid sur le sujet, mature peut-être. A me dire que si c’est fini, il faut que ça me serve de leçon pour la suite, de laisser partir et oublier complétement. L’idée était forte et belle et brutale mais ne pouvait pas être sincère de mon côté. Je ne peux pas ne pas laisser tout ça quelque part, à l’arrière du crâne. Donc j’ai pris le conseil et le laisse processer dans un coin de ma tête, mais là ce n’est pas pour moi.

Mille autres choses se sont dites en vrai. J’avais l’impression de parler à un être humain qui ne cherchait pas à me faire d’impression précise, peut-être pas d’impression tout court, et ça rendait tout très spontané. J’étais calme et mon cerveau tournait vite et un poids était parti sans que j’y fasse vraiment attention.

Aujourd’hui, un de mes role model a enfin répondu à mes mails, « voulez-vous qu’on s’appelle à 14h ? ». Ça devait durer 15 minutes maximum, ça en a duré 45 de plus, j’aime bien quand ça arrive. On a parlé des femmes qui fabriquent des films et de netflix et de l’envie de faire ces métiers pour trouver de « nouvelles voix ». Du coup aujourd’hui, j’ai fait regarder Twelve Angry Men Inside Amy Schumer à une personne avec qui j’espère travailler pendant longtemps.

Les choses avancent, doucement mais c’est mieux, j’ai vraiment peur d’aller trop vite, de prendre trop de place de manière générale. Mais je travaille beaucoup, j’ai le droit d’être là, c’est encore un autre sujet. Et puis ce soir, un petit coup au cœur, mais un de ceux qu’il faut laisser passer, parce que c’est juste, parce que c’est fairplay de le laisser passer.