jeudi 6 janvier 2011

Introducing Alice


« Son café était trop chaud, elle passait la cuillère sur ses lèvres en attendant, le garçon en face d’elle émit un petit gloussement et fit une allusion trop facile à une fellation. Elle leva un sourcil en questionnant l’opportunité de répondre quelque chose de vraiment abrupte. »


J’ai entendu un truc aujourd’hui, ça m’a percuté comme un train. J’étais un peu sonné et j’ai passé le reste de la journée à y penser. Ça ne m’était même pas destiné, une fille dans le bus qui parlait au téléphone. C’était tellement simple, un phrase parfaite, sujet, verbe complément. L’impression si peu familière d’entendre quelque chose de vrai. La fille au téléphone était énervée, c’était un reproche, sur le ton qu’on utilise pour un ami, pour lui dire qu’il se plante totalement mais qu’on ne le juge pas, pour l’attraper juste sous les épaules et le remettre debout. Mon dieu quelle claque.


La fille était assise au fond, juste derrière moi, je me suis retourné pour la regarder, et je n’ai vu que des angles : commissure des lèvres, coins des yeux, mâchoires, aucune impression générale du visage, seulement quelques fragments aigus, et puis ses ongles sur son téléphone, le jeu nerveux de ses doigts. Puis c’était mon arrêt et je me suis levé. Pas envi de rester dans le bus à l’écouter, elle aurait pu dire autre chose de vrai, et je ne sais pas si j’aurais pu encaisser cette fois. Debout donc, sur le trottoir, complétement absorbée. C’est tellement clair que ça n’a aucun sens. Et finalement, peut être que c’est de l’accepter qui fait de nous des héros.


Dévions une petite seconde sur mon obsession la plus récente, Orphée, fils d’un roi et de Calliope, muse de l’éloquence, ma muse, celle des silences. Après, on peut être d’accord ou pas, mais des dizaines de pages web que j’ai lu sur le sujet, le jeune homme est un Aède (Francis Lalanne avec plus la classe) certes, mais dans une approche plus, disons Bowiesque, Orphée peut être vu comme la figure du héro, mais du héro qui doute et c’est pour ça qu’il va se planter. Après, il y a toute une histoire avec un porc ravageur de cité, nous en reparlerons à l’occasion. Orphée donc, héro qui n’est en fait qu’un homme, parce qu’il flippe assez méchamment, et qui finit déchiqueté parce qu’il bad tout le temps et que ça saoule grave les Bacchantes ( des filles échevelées et à moitié nues poussant des cris discordants, toutes ressemblances avec des groupes d’individus existants est pure coïncidence).


« Tu dois l’aimer pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il pourrait être, c’est une guerre perdue d’avance ». Ou comment tuer son article après avoir fait planer le doute pendant trois paragraphes, oui, préoccupations de minette. Je ne donnerais pas mon avis, principalement parce que je ne l’ai pas encore bien cerné. Parce qu’écrire au milieu d’une fosse pleine de lampes et de livres n’aide pas. Et parce qu’il n’y a pas d’anesthésie, il n’y a que de la contemplation, ce n’est pas Eros et Thanatos, c’est l’apollinien et le dionysiaque, relis La mort à Venise, tu va comprendre. De la contemplation comme négation de l’action, négation de la vie, l’inverse de la frénésie conduisant au même résultat : « ça sent le sapin ». C’est tout ce que j’en pense pour l’instant. Et maintenant je veux dormir.


on écoute : Mr. Little Jeans - Rescue Song (RAC Remix)

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