mardi 27 octobre 2015

Blogging like it's 2008


Viens on part, on va à New York voir des Rothko, ou à Londres voir Ophelia, il faudra juste qu’on se perde. On fera comme Scarlett à Tokyo, on sera des étrangers quelque part, se sortir de son cadre, c’est comme des vacances pour la tête. Pas pour prendre du recul, mais pour s’extraire, pas pour avancer, mais pour revenir à soi. J’ai un voile de gaze devant les yeux, tout le temps, et de l’ouate dans la gorge, tout est un peu lointain et tiède, et moi engourdie et contemplative. C’est le souci des endroits où on ne peut plus vraiment se perdre, maîtriser l’espace,  c’est le premier pas vers la sécurité, et l’ennui larvaire. « Et maintenant, on fait quoi ? ».

Viens, on part ! On n’aura qu’à dire qu’on n’avait plus rien à chercher ici, ça fera comme une fugue, gavée d’idéaux, mais pas trop galvaudés, parce qu’après ça fait cliché, et que là, on ne revendiquera rien. Juste de faire cesser le tourner en rond , et puis le creux, le morceau de vide entre les côtes, celui qui pique un peu, et qui fait froid pas mal, c’est la rage du rien, une petite gène pour respirer, pas grand chose, mais suffisamment.

Je t’ai dit déjà qu’il fallait bouger d’ici, ce n’est pas une idée spontanée, comme les ampoule au dessus de la tête dans les cartoons. C’est comme un empilement, des échelles dans la tête, et ça finit pas faire vraiment haut, la tour de Babel en lego, un bon endroit d’où plonger. Il paraît que « l’homme cherche à monter vers le ciel », comme dans ce conte, l’histoire d’un roi qui réquisitionne tous les meubles du pays, toutes les armoires, toutes les chaises, pour faire un tas, monter au sommet et toucher la lune. Et quand tous les meubles ont tous été empilés, il est là sur la pointe des pieds, il va presque la toucher, mais il manque encore quelques centimètres, presque rien, juste quelques centimètres. Et il n’y a plus aucun autre meuble, dans tout le royaume. Alors, il demande à l’un de ses serviteurs de prendre une pièce à la base et de le lui monter afin de parvenir à la lune. Le serviteur s’exécute, il retire une commode de la tour. La tour s’effondre. Le roi meurt. Point. Chercher à monter vers le ciel n’est pas une bonne idée.


Mais avancer en soit, juste pour ça, juste pour s’éloigner du point du départ, c’est une fuite, c’est s’éloigner de soi, tu ne te manques pas des fois ? On te dit que c’est la logique du déroulement de l’existence, que c’est être empreint de volonté. On te dit des conneries. Avancer en soit, c’est comme être sur un tapis roulant dans un film, c’est une astuce pour la caméra, on fait semblant. Alors que tu ne fais que marcher sur place, sur une piste mécanique. L’arrière plan se déroule et toi tu ne vas nul part, parce qu’il faut commencer par revenir à soi avant d’aller ailleurs. Alors il faut se perdre. Viens, on part !

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