lundi 30 novembre 2015

Blogging from after world's end


Aujourd’hui, Paris était une ville fantôme. Plus que d’habitude, plus que pour un dimanche de novembre pas terrible. Je suis allée de Pigalle à Grands Boulevards, de Grands Boulevards à Opéra et d’Opéra à Palais royal : ville fantôme ! Peu de gens, peu de voitures, quelques bus, quelques touristes. C’était bien, il pleuvait, j’ai enfoui la tête dans ma capuche, un vieux hoodie gris et j’ai marché assez longtemps. Comme j’étais seule, j’avais l’impression que tout ça été à moi, un peu.

En rentrant, je suis passée devant une salle d’arcade pas très bien, trop bruyante. Et là, personne, presque personne. J’ai descendu les grands escaliers et me suis mise à chercher un jeu qui pourrait me plaire. Ça faisait longtemps que je n’étais pas venue, habituellement je rentre quand je passe devant, ces temps-ci je n’avais plus envie. Mais là, après un très long moment sur un tapis de course, un peu vidée et pas mal pleine d’endorphines, ça semblait être une bonne idée.

Je me suis dit qu’après ce que j’avais vu de la place de la République cet après-midi sur les écrans de la salle de sport, sorte de vrai-faux montage d’images de stock de fin du monde, comme au début des films d’apocalypse, j’avais besoin d’entrainement. Ça m’a fait sourire. Mes recherches se sont orientées sur deux critères : 1 – zombies, 2 – arme beaucoup trop grosse pour mon gabarit. J’ai pris des jetons, perdu assez vite et suis rentrée chez moi.

Mais je pensais toujours à ces images, à cet après-midi, c’était curieux de courir en allant nul part pendant que des mecs pensaient changer le monde en balançant des bougies sur les CRS. La mise en scène, l’imagerie, les costumes, les postures, et moi pas certaine de comprendre qui défend quoi et avec qui je suis censée être d’accord. Je me suis demandée ce qu’était la figure du héros et où il pouvait se trouver en ce dimanche dégueulasse de novembre, où des gens récupèrent les objets laissés en hommages à des victimes d’attentats pour canarder les CRS, qui eux-même balancent de la lacrymo comme la mousson sur des militants écologistes. Je simplifie trop certes. N’empêche, que reste-t-il des héros ?

Dans une partie de l’imaginaire collectif, le héros ne trouve plus grâce à nos yeux que quand il est mal en point, hanté, seul, détruit, noyé par la perte des siens, le poids de ses responsabilités et globalement sinistré comme New York à la fin d’un film de Roland Emmerich. Les Batman de Millers, Jessica Jones, Watchmen, Daredevil, Chronicle, Comment Je Suis Devenu Super-Héros (prometteur, tellement prometteur)… Quand les plus jeunes veulent voir Superman sauver Metropolis, leurs ainés (moi la première j’en conviens) n’aspirent qu’à contempler la déchéance d’un Bruce Wayne au bout du bout du rouleau. Comme si la noblesse de la figure héroïque n’était qu’un odieux cliché relou.

Pourtant, si le justicier triomphant sert à insuffler de supers valeurs positives aux enfants, faut-il en déduire que le héros gisant sert à rassurer les adultes sur leur état mental, à titre de comparaison ? Y compris en ce moment ? Je crois que j’ai bien envie et besoin que quelqu’un puisse m’assurer que tout ira bien, même en fiction. Parce que justement c’est la fiction, et encore plus les genres appartenant à la fantasy, qui nous construisent et nous rassurent. Et mes cernes n’ont jamais été aussi marquées. Du coup, que reste-t-il de la figure du héros ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire