mardi 5 juillet 2016

Blogging like school's over



Ce soir en rentrant, je suis restée bloquée. Sur le Pont Neuf. Presque arrivée rive droite. Presque du bon côté. Presque en sécurité, chez moi. Je me suis juste arrêtée, en plein jour à 22h, et j’ai regardé le Palais, très longtemps. C’est très curieux, cet énorme objet au milieu du courant, et qui ne s’éloigne pas. Qui ne bouge pas. Qui reste là à vous regarder. Je crois que j’avais juste besoin de pleurer un bon coup mais rien n’est sorti. C’est ce qui est pénible avec les chagrins d’adulte.

Ça avait le goût des adieux, je sais j’en fait des tonnes. En même temps, une avocate qui ne mettra jamais sa robe, il reste quoi ? Alors je suis juste restée là, avec un mélange de tristesse infinie, de mépris et de colère dans la gorge. Devant ce foutu tas de pierres qu’il faut quitter et qui pourtant reste bien là. Littéralement au milieu de ta ville. 

C’est moi qui prends le large en fait. So long saloperie, c’est soit moi qui n’ai pas eu le courage, soit toi qui n’avait pas les épaules. Sauf qu’au moment de dénouer les amarres, on s’agrippe au cordage encore un peu, j’ai les mains en sang, le crâne qui bourdonne et des points blancs devant les yeux.

A quel moment est ce qu’on renonce trop tôt ? Jusqu’à quel moment faut-il garder la porte ouverte ? Pourquoi cette crainte dans tous les muscles alors que ça fait des mois que je m’étiole littéralement ? Que je me sens éteinte, diminuée et qu’on me répète inlassablement qu’il va falloir me policer, prendre moins de place, parler moins fort, plus petit, encore plus petit. Tout ça alors que tu te sens terriblement à ta place ailleurs. 

C’est juste que tu t’es battue si fort que tout arrêter maintenant semble absurde. Et qu’en même temps, pourquoi insister et s’intégrer dans un milieu qui te dit avec autant d’acharnement qu’il ne veut pas de toi. Alors qu’ailleurs te répète que désormais, ici, tu seras chez toi.

C’est le problème des jonctions. C’est le seul moyen de faire des révolutions et dans le même temps, l’espace le plus exposé. C’est l’endroit où glisser un bout de métal pointu et faire un maximum de dégât. C’est le passage pour déchirer, disloquer, rompre, scinder, affliger. Le petit point creux vulnérable qu’on est contraint de laisser apparaître, de laisser dehors, au moins un moment, le seul moyen que ça en vaille la peine. Le reste c’est tiède. Le reste c’est de la contemplation. Le reste c’est déjà mort.